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Les Almohades

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Ibn Tumert est issu de la tribu des Sanhadja plus précisément du groupe des Hargha dans l’Atlas, dans le village d’Igilliz. Il est envoyé par ses parents pour faire ses études d’abord à Marrakech puis en Espagne puis en orient. Il se rallie à la doctrine d’el Ach’ari fondateur du Kalam qu’il va faire triompher au Maghreb à son retour. Ibn Tumert devient le Mahdi. Il rencontre à Bougie son futur calife en la personne du jeune Abd-el-Mumin. La doctrine d’Ibn Tumert repose sur le retour aux sources, c’est-à-dire le Coran et la tradition prophétique de Médine sans recourir à l’interprétation (Raï). Il prône une extrême rigueur des mœurs et des pratiques religieuses. Le fondement essentiel de sa théologie est l’unicité de Dieu (tawid) d’où le nom d’almohade (les unitaires). La doctrine ach’arite exclue l’interprétation littérale des malikites. Sa théologie est largement diffusée dans le peuple en langue berbère par des moyens simples. Ce n’est qu’après son arrivée au Maroc que le principe politique chiite centré autour de la personne du Mahdi et de l’Imam impeccable apparaîtra. De retour au Maroc, Ibn Tumert se heurte à l’autorité Almoravide qui s’appuie sur la doctrine malikite.
Il quitte donc la Kabylie et gagne le Maghreb extrême. Il engage des débats avec les docteurs malikites à Marrakech et le souverain ‘Ali ibn Yussuf voit en lui un perturbateur et envisage de le poursuivre. Le Mahdi est prévenu et s’enfuit. Il prêche dans sa tribu d’origine durant trois ans. Il est reconnu comme Mahdi et Imam puis s’installe à Tinmel au milieu de la tribu Masmuda. Il s’organise sur le modèle du Prophète et tente de fédérer des tribus jalouses de leur indépendance. Il fonde la « maison » du Mahdi qui constitue un état-major et crée le conseil des Dix et le conseil des Cinquante. Les tribus sont hiérarchisées. Il organise un Etat régulier dans l’Atlas avec des ressources et des troupes. Abd-el-Mumin est adopté et devient chef de guerre. A la mort du Mahdi, vers 1127, Abd-el-Mumin prend le titre de Calife et se lance à l’assaut des Almoravides à partir de la montagne qui le protège. Marrakech est prise en 1146. Les Almohades écrasent la révolte des Beghwata et des Dukkala vers 1148.
Avant la prise de Marrakech, les Almohades sont appelés à l’aide en Espagne. Ils se contentent dans un premier temps d’envoyer quelques troupes afin de ne pas multiplier les fronts mais la menace chrétienne les obligent à une intervention plus forte. Les musulmans d’Espagne reconnaissent Abd-el-Mumin comme souverain en 1150. Ce dernier se tourne vers Tlemcen puis Bougie. Il écrase le royaume hammanide puis les Hilaliens vers Tébessa en 1152.
Il s’attaque ensuite à l’Ifriqiya pour rejeter les Normands qui s’installaient depuis l’effondrement des Zirides et pour réduire la puissance des tribus arabes. Il déporte de force les Hilaliens vers la région des Dukkala dépeuplée depuis la répression de 1148.
Le Maghreb est ainsi unifié avec l’Andalousie.
‘Abd-el-Mumin organise ses conquêtes. Il crée un cadastre afin d’assurer des ressources fiscales. Il n’hésite pas à utiliser la force. Les tribus Makhzen sont dispensées du Kharaj.
A sa mort il laisse le pouvoir à son fils Abu Ya’Kub (1163-1184) qui doit faire face à des rebellions au Maghreb avant de lancer la guerre sainte en Espagne. Il y trouve la mort. Son fils Abu Yusuf Ya’kub dit el Mansur lui succède. C’est sous règne que l’empire est le plus brillant.
Concernant la structure étatique, il convient de parler davantage du concept de Makhzen que d’Etat. A l’origine le makhzen est un lieu d’accumulation des richesses, des réserves. Au Maroc, le Makhzen désigne la culture d’Etat autant qu’une structure. On distingue le bled el Makhzen (pays placé sous l’autorité de l’Etat) du bleb es Siba (pays qui refuse l’autorité et l’impôt). Le bled es siba, correspond à la montagne berbère. Toutefois cette opposition Makhzen-Siba est très relative car au sein même du Makhzen il y a des phénomènes d’insoumission notamment au moment des successions sultaniennes.
Les Almohades ont le souci de créer un pouvoir central fort face à la structure tribale qui a tendance à s’opposer. Ils tentent une opération originale en intégrant à la fois les tribus et l’autorité centrale.
Tout d’abord, il y a une hiérarchisation des tribus en fonction de l’antériorité de leur ralliement à commencer par les Hargha (tribu d’origine du Mahdi Ibn Tumert) et les Hintata.
Les références à la Révélation sont utilisées. Par exemple, les tribus ralliées sont les Ansars.
Certains compagnons proches du Mahdi joue un rôle de premier plan comme Abd-el-Moumin.
Chaque tribu est dotée d’une sorte de gouverneur, le Mizwal, représentant le pouvoir central.
La mise en place de cette organisation ne se fait pas sans mal. La force est souvent utilisée. Le pouvoir procède à l’élimination des opposants, fait le « tri » (Tamiz). Deux tamiz importants ont lieu en 1125 et en 1149.
Des corps spécialisés sont constitués au service du pouvoir central. Ils constituent les rouages du Makhzen :
- les Abid el Makhzen : constitués de membres des tribus mais organisés de telle manière qu’ils sont dévoués davantage au pouvoir qu’à la tribu d’appartenance.
- les Muhtasib.
- un corps chargé de frapper la monnaie.
- les Hafiz : fils de dignitaires formés à des tâches administratives.
- les Talabas : chargés de diffuser la doctrine du Mahdi et formés aux débats doctrinaux notamment avec les philosophes.
- les militaires...
La référence religieuse des noms donnés à ces corps ne permet pas toujours de connaître l’exacte mission car il n’y a pas correspondance entre le titre et le rôle. C’est un domaine historique encore mal connu. Les Almohades ne sont pas à l’origine du concept de Makhzen mais ils sont les premiers a pousser aussi loin son édification. Cet équilibre des pouvoirs va tenir jusqu’aux années 1230.
L’art Almohade marque l’apogée artistique du Maghreb. Il se caractérise par une épuration des formes traduisant la rigueur religieuse. C’est l’affirmation des formes géométriques. Les bâtiments sont massifs mais allégés par des décors. Le tout donne un effet de majesté. Ils introduisent les Zelliges (mosaïques de carreaux de faïence).
Ce sont des bâtisseurs de villes comme Ribat el Fath (Rabat). L’époque Almohade constitue un point fort de l’union culturelle entre Maghreb et Andalousie.
A une grande rigueur religieuse correspond un étonnant déploiement des sciences. Les élites s’ouvrent à la culture andalouse (poésie, médecine, philosophie...) avant de venir régner dans la capitale Marrakech. La différence entre culture citadine des élites et culture plus frustre des tribus s’affirme.
Une culture de cour brillante se déploie sous les règnes d’Abu Yakub Yussuf et d’Abu Yakub el Mansur.
C’est à cette époque que vivent Ibn Tufayl (1110-1185), Ibn Ruchd (mort en 1198) et Maimonide ou Mussa Ibn Ibymum (mort en 1204).
Ibn Tufayl commence sa carrière comme secrétaire particulier puis devient médecin du Calife. Il est l’auteur d’un roman philosophique célèbre : Hayy ibn Yaqzam.
Ibn Ruchd lui succède comme médecin d’el Mansur. Une partie des oeuvres de Platon et d’Aristote passe dans le champ culturel européen grâce à lui. Maimonide est un juif de Cordoue. Il contribue à nourrir le débat sur la relation entre philosophie et religion.
Au plan religieux, la période Almohade coïncide avec l’apparition d’une mystique musulmane comme le soufisme (2éme moitié du 12ème siècle). Plusieurs grands saints du Maghreb vivent et meurent à cette époque comme Abu Madyan (son tombeau se situe près de Tlemcen) qui est le saint par excellence et Abu Ya’za (mort en 1176), Berbère d’origine africaine et maître du précédent. Les écrits biographiques des saints apparaissent (les manaquib). Ils ne traitent pas de la doctrine et de l’enseignement du saint mais du personnage, de l’exemplarité de sa foi, des miracles réalisés.
Les saints et mystiques diffusent leur enseignement à la marge du pouvoir Almohade dans une sorte de coexistence pacifique.
Les pratiques religieuses liées à l’existence des saints vont créer un lien social fort (dévotion, pèlerinages, ermitages...).
Ibn Arabi écrit son œuvre en Orient après avoir quitté le Maghreb. Les premières formes d’institutionnalisation de la diffusion des oeuvres mystiques n’apparaîtront en Occident musulman qu’à partir des 15éme et 16éme siècles (zawiya, patrimoine, cheik, rituels...).
L’effondrement de l’empire est essentiellement d’origine interne même si les défaites face aux chrétiens (en 1212) donnent le signal.
Les Zenâta sont des nomades qui voyagent entre le Zab et le Rif. En l’absence de forces et d’autorité Almohades, ils arrivent au Nord du Maghreb et s’installent dans la vallée de la Muluyya. Ils mettront un terme aux Almohades dans l’ère de l’actuel Maroc. La dynastie Mérinide est issue des Zenâta. L’affaiblissement du pouvoir permet aux chefs des tribus d’en réoccuper la sphère.
En outre, le calife Al Ma’mun rejette la doctrine Almohade (1227-1232). Il est entouré de mercenaires chrétiens et tente de se débarrasser des cheikhs porteurs de la doctrine. Il change les formules sur les monnaies et procède à une épuration. Les tensions sont fortes. L’appareil d’Etat se disloque. Le gouverneur d’Ifriqiya, Abu Zacharia, en profite pour se déclarer indépendant (1236) et va fonder la dynastie Hafside. La légitimité de cette dynastie repose sur la référence à la doctrine du Mahdi mais cela n’est plus qu’une question de forme car on assiste à un retour en force généralisé de l’école malikite. Tlemcen se déclare indépendante en 1236.
Grenade et Murcie se détachent de l’empire. La dynastie des Nasrides s’installe à grenade en 1237.
Marrakech tombe devant les Mérinides (Zenâta) en 1269. Le Califat de Bagdad s’écroule en 1258.
L’empire Almohade disparaît après avoir constitué, de son temps, une expérience califale reconnue et porté à l’apogée la culture berbéro-arabo-andalouse.
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