HASSAN IBN SABBAH

ET LA SECTE DES ASSASSINS D’ALAMUT

Alain Mourgue

Alain Mourgue © 2006


CHAPITRE 1

NAISSANCE D’UNE SECTE

L’histoire de la secte dite des Assassins d’Alamut est liée à celle de
l’Ismaélisme.
L’Ismaélisme, mouvement réformateur de l’Islam issu du Chiisme, est né à
Kufa, ville traditionnellement hostile au pouvoir abbasside de Bagdad. Le
califat Fatimide d’Egypte en assura durant deux siècles l’expression
politique.

A la mort du sixième imam Jafar al Sadiq en 765, le courant chiite se sépare
en deux branches. Le fils aîné, Ismaël, est mort avant son père alors qu’il en
était l’héritier spirituel. La rumeur qu’il n’est pas mort mais simplement
occulté commence à courir. Un imam occulté est, selon la tradition, un
Mahdi, celui dont on attend le retour. Les tenants de cette option vont
devenir les Chiites Septimains par référence au septième imam occulté ou
Ismaéliens. Les partisans de l’autre fils, Musa al Kazim, réfutent
l’occultation. Ils sont majoritaires. On les qualifiera, plus tard de Chiites
Duodécimains, référence faite au douzième imam. A la mort de Musa al
Kazim en 799, les partisans d’Ismaël contestent sa légitimité et celle de ses
successeurs. La rupture est consommée.
Un siècle après la mort d’Ismaël, apparaît un personnage du nom de
Muhammad qui prétend être le fils du septième imam et avoir vécu caché.
Convainquant, il parvient à prendre la tête des Ismaéliens. En 899, à
Salamyya en Syrie, Obayd Allah surgit sur la scène religieuse en se déclarant
petit-fils de Muhammad et prétendant, à ce titre, à la direction du
mouvement. Une scission survient. Les Fatimides – Ils se prétendent
descendants de Fatima, fille du Prophète -reconnaissent Obayd Allah mais
d’autres le rejettent. Ce sont les Qarmates. Ils envoient secrètement à travers
le monde musulman des prédicateurs (les du’at) particulièrement efficaces,
notamment dans les villes.
Pendant ce temps, Obayd Allah part se réfugier en Ifriqiya mais il est arrêté
sur ordre du gouverneur local dépendant de la dynastie régnante, les
Aghlabides. Sa captivité est de courte durée. Il est libéré de force par un
émissaire fatimide venu du Yémen, qui a sympathisé avec des berbères
Kutama rencontrés au pèlerinage de La Mecque.
Dès lors, les événements se précipitent.


En 910, les Aghlabides sont renversés. Obayd se proclame Emir des croyants

et Mahdi. Il s’empare du pouvoir et règne sur l’Ifriqiya jusqu’en 934. Son fils
Al Qalim lui succède et règne jusqu’en 945 dans sa capitale, Kairouan. Le
pouvoir stabilise la région. Les Kutamas sont sédentarisés et appuient les
Fatimides qui ne cachent pas leur intention de conquérir Bagdad tenue par
les Abbassides. La conquête de l’Egypte est une étape nécessaire pour la
réalisation de ce projet. Plusieurs tentatives ont lieu. En 919, Alexandrie est
prise mais la victoire décisive ne se produira qu’en 969. Les Fatimides
parviendront à se rallier les populations du delta du Nil en fournissant des
vivres au moment où l’Egypte traversera une grave crise économique.
A la veille de l’assaut Fatimide, l’Egypte est dirigée par un gouverneur
d’origine turque, un Irchidide. A sa mort, un affranchi éthiopien nommé
Kafur prend les rênes du pouvoir en attendant que le fils du gouverneur
défunt puisse gouverner. Kafur meurt en 968. La situation politique de
l’Egypte devient instable. Un régent, gouverneur de Syrie et Palestine, est
nommé pour assurer l’intérim du pouvoir mais les troubles en Syrie
l’empêchent de prendre ses nouvelles fonctions. L’Egypte est en proie à la
rivalité des factions, en particulier entre l’armée Irchidide et les troupes
nubiennes d’une part et des civils conduits par Ibn el Furat, ancien Vizir de
Kafur, d’autre part. Les Fatimides profitent du chaos ambiant pour infiltrer
des espions et des agitateurs à Fustat, la capitale égyptienne fondée lors de
la conquête arabe. Des pamphlets anti-Abbassides commencent à circuler.
Le pouvoir de Bagdad est déclaré illégitime en faisant référence à l’éviction,
par les Abbassides, des partisans de ‘Ali, cousin du Prophète et dernier des
« califes bien guidés ». L’ancêtre des Abbassides, Abbas, est même mis en
cause. Les agitateurs pointent du doigt la corruption de la cour de Bagdad et
reprochent aux dirigeants impériaux d’avoir abandonné le jihad.
Les Fatimides décident d’attaquer. L’assaut se fait par mer et par terre.
L’armée du général Jawhar, un ancien esclave, campe sur le plateau de
Guizèh. Un accord est passé entre les civils égyptiens et les Fatimides.
Jawhar accepte l’Aman, c’est-à-dire la sauvegarde des vies et des biens des
vaincus. Il accepte, en outre, le maintien des fonctionnaires et des écoles de
droit religieux d’obédience malikite et safihite. Les vainqueurs renoncent à «
l’ismaélisation » de la société égyptienne.
Contre toute attente, les militaires égyptiens refusent l’Aman et veulent en
découdre. Une émeute éclate à Fustat. L’Aman est donc retiré. L’assaut est
lancé. L’armée égyptienne est balayée en juillet 969.
Aussitôt, Jawhar décide la création d’Al Qahira ou le Caire, c’est-à-dire « La
Victorieuse » qui sera la nouvelle capitale. Les ralliements aux Fatimides
vainqueurs se multiplient. Les fonctionnaires sont laissés en place mais
souvent doublés par des fonctionnaires issus des rangs des vainqueurs.
Contrairement à Fustat, le reste du pays résiste. La répression est féroce.
Profitant de cette confusion, une révolte qarmate éclate en 971. Une coalition
de Syriens sunnites, de Qarmates et de Turcs hirchidides attaquent le jeune


pouvoir fatimide. Les assaillants atteignent Le Caire mais sont repoussés.

Beaucoup de Qarmates s’installent dans le delta et se soulèvent à nouveau
en 974.
En 975, Al Aziz est Calife-Imam d’Egypte. Il va régner jusqu’en 996. Peu à
peu l’armée est réorganisée mais elle devient le centre de tensions entre les
Turcs et les Nubiens qui en viennent à se combattre en 1066. Les Turcs
l’emportent l’année suivante et leur force commence à devenir une menace
pour le califat, au point que le Calife fait appel au gouverneur de Palestine
pour reprendre en main les affaires. Badi al Jamali, d’origine arménienne,
arrive accompagné de milices. L’ordre est rétabli. Al Jamali devient Vizir et
chef de l’armée.
L’université d’Al Azhar est créée. Elle est un centre d’enseignement de
l’ismaélisme.
Entre 996 et 1021, le Calife Al Hakim, successeur d’Al Aziz, se lance dans
une politique de persécution contre les non-ismaéliens. Son fanatisme le
pousse également à faire démolir l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem. Il
semble être très influencé par un de ses proches, Hamza al Darazi qui va
jusqu’à suggérer au Calife qu’il est d’essence divine ! On rapporte qu’Al
Darazi entra, un jour, à cheval dans une mosquée et obligea les lecteurs du
Coran à lire un texte proclamant que Al Hakim était Dieu. Il est facile
d’imaginer l’émoi et la réprobation que de tels agissements pouvaient
soulever parmi le peuple. Des émeutes finissent par éclater. Al Darazi doit se
réfugie en Syrie où il y répand ses idées. Les compagnons d’Al Darazi
deviendront les Druzes dont les descendants occupent de nos jours une
partie de la montagne libanaise.
Quant au calife Al Hakim, il est assassiné lors d’une de ses virées nocturnes
affublé d’un déguisement.
En 1036, al Mustansir monte sur le trône. Son règne sera le plus long de
l’histoire du monde musulman. Il meurt en 1094 ouvrant une succession
califale contestée qui va générer une nouvelle crise politico-religieuse dont
l’issue tragique sera l’émergence d’un courant radical de l’ismaélisme : Le
Nizârisme.

Les deux fils d’al Mustansir, Nizâr et Must ‘Ali, se disputent la succession.
Le fils cadet, Must’Ali, ayant été investi de l’imamat par son père, prend le
pouvoir.
Nizâr, son frère aîné, se rebelle contre une situation qu’il juge injuste. Il
réclame le pouvoir et veut réaliser le vieux rêve des Fatimides : Renverser
les Abbassides sunnites et illégitimes. Nizâr sait qu’il peut compter sur
l’appui d’un iranien de confession ismaélienne du nom de Hassan ibn
Sabbah qu’il a rencontré quelques années auparavant à la Cour. L’homme
mène depuis près de quatre ans le combat contre les Turcs depuis sa
forteresse d’Alamut près de la mer Caspienne. Entouré de partisans fidèles,
il a créé une principauté ismaélienne.


La défaite de Nizâr met à mal l’espoir d’un renversement des Abbassides et
des Seljukides.
Toutefois, Hassan ibn Sabbah ne renonce pas à la lutte sans merci qu’il a
engagé contre les Seljukides.
La majorité des Ismaéliens, bien qu’hostile au pouvoir sunnite et
probablement assez bienveillante à l’égard de l’engagement radical de
Hassan, refuse de le suivre.
Désormais, il conviendra de distinguer les Ismaéliens des partisans radicaux
du malheureux Nizâr et de Hassan, les Nizârites.
Nourri d’une radicalité religieuse sans faille et d’une hostilité farouche à
l’égard des Seljukides, Hassan poursuit un combat de longue haleine où
tous les coups seront permis : Propagande, ruses, dissimulation, batailles,
menaces et assassinats.
Retranchés dans leur région montagneuse, ceux que l’on qualifierait de nos
jours de commandos-suicide terroristes, instillent la peur parmi tous les
princes du Moyen-Orient musulman et chrétien durant au moins deux
siècles, par leur capacité à s’approcher incognito de leurs victimes et à les
assassiner spectaculairement sans crainte apparente de la mort. Ils nous ont
laissé un nom : Assassins.

Alain Mourgue © 2006


CHAPITRE 2

HASSAN IBN SABBAH ET ALAMUT

Hassan ibn Sabbah est né dans une famille chiite en 1034 à Qum (Iran).
Son père, Ali ibn Muhammad ibn Jafar ibn al Hussein ibn Muhammad ibn
al Sabbah al Himyari, est un riche commerçant lié aux Ismaéliens. Dès

l’enfance Hassan a acquis les rudiments de l'enseignement traditionnel de
son père à la maison. Il est encore enfant quand son père s'installe à Ray.
C'est là qu’il poursuit son éducation religieuse. Il est doué d’une brillante
intelligence et se distingue notamment en géométrie et en astronomie. Il
apprend la doctrine Ismaélienne d'un dey Fatimide, Amir Dharrab. Il est
ulcéré par le renversement théologique qu’impose les Seljukides,
propagateurs de la foi sunnite. Désormais le chiisme est à peine toléré par
les nouvelles autorités. Le jeune homme étudie les ouvrages avec une telle
ferveur qu’il en est profondément troublé et en tombe malade. Il craint de
mourir avant de savoir la Vérité. Convaincu que l'Ismaélisme représente
l’ultime Vérité, il adhère à la doctrine à l'âge de 35 ans en 1071. Il entre
ensuite en contact avec un dey fatimide, Abdul Malik ibn Attash à Ispahan.
Dans "Sar Guzasht-i Sayyidna" il relate qu’en 1071, Abdul Malik ibn Attash
qui est à ce moment-là le dey d’Irak, vient à Ray. Hassan ibn Sabbah le
rencontre et devient son représentant. Il se lance dans des critiques
virulentes à l’encontre des Seljukides qui l’obligent à quitter le pays. Il part
alors vers l’Egypte fatimide où règne le Calife chiite Al Mustansir. En 1077,
il passe à Ispahan puis traverse le nord de l’Azerbaïdjan. Il arrive à
Mayyafariqin où il a des discussions religieuses avec des théologiens
sunnites. Il n’hésite pas à dénier le droit des muftis sunnites à interpréter la
religion, cela relevant de la prérogative de l'Imam. Il est expulsé par le qadi
sunnite de la ville. Il passe à Mossoul, à Rahba et à Damas, traverse
Beyrouth, Sidon, Tyr, Acre puis Césarée avant d’atteindre le Caire en 1078.
L’Imam Al Mustansir lui offre son assistance et l'honore. Un jour, Hassan
lui demande qui sera Imam après lui. Al Mustansir répond que ce sera son
fils aîné Nizâr. On peut supposer que c’est après cette information que
Hassan approchera Nizâr dont il semble apprécier le caractère réfléchi et lapiété. Il reste dix-huit mois au Caire, appréciant la protection et la faveur de
son maître. Il apprend la pratique de la prédication au Dar al Hikmah, qui
est à l’époque le plus grand centre d'étude de l'Islam. Hassan est révolté par
la corruption qui règne à la cour. Il constate que Nizâr est dans le même état


d’esprit. Trop proche du Calife ou trop radical, déjà ! Hassan ne tarde pas à
se faire des ennemis. Quelques auteurs affirment que Hassan reçut tant
d'avantages des mains du Calife que les courtisans devinrent jaloux. Le vizir
Badr al Jamali fait emprisonner Hassan dans la forteresse de Dumyat. Un
jour, probablement à cause d’un tremblement de terre, les murailles de la
forteresse s’effondrent, permettant ainsi au captif de s'évader. Il embarque
sur un navire à Alexandrie avec un groupe de voyageurs Francs qui
regagnent l’Europe, mais les vents jettent le navire sur les rivages de la Syrie.
Il accoste au port d’Acre. Décidé à recruter et à organiser des partisans, il
parcourt de nombreuses villes tout en étudiant les conditions économiques,
sociales et religieuses des peuples. Il atteint Ispahan en 1081 et commence à
propager la foi Ismaélienne à Yazd et Kirman pendant quelques mois. Il part
ensuite au Khûzistân où il demeure trois mois avant de se rendre à
Damghan où il reste environ trois ans. Il accomplit de nombreuses missions
en Iran pour le compte d'Abdul Malik ibn Attash.
Inquiet de cette agitation, le vizir Nizâm al Mulk ordonne à Abu Muslim,
gouverneur de Ray, de s’emparer de Hassan. Probablement prévenu, il
parvient à échapper à ses poursuivants et à se réfugier à Qazwin (également
appelée Qasbin ou Qashwin).
Arrêtons-nous un instant sur cet épisode : Abd el Kassem devenu le vizir
Nizâm al Mulk dont le nom signifie « garant de la monarchie » est un
personnage de premier plan dans l’empire et, selon la tradition, il connaît
bien celui dont il ordonne l’arrestation. Les deux hommes, en compagnie
d’un troisième condisciple du nom d’Omar Kayyam, auraient été étudiant
auprès du célèbre Ibn Sina connu en Occident sous le nom d’Avicenne.
Omar Kayyàm serait à l'origine d'un pacte qui lia les trois hommes, en leur
faisant promettre que le premier des trois qui atteindrait la fortune
soutiendrait les deux autres. Abd el Kassem rallie les Seljukides et devient
gouverneur du Khurasan, sa province d’origine. Il entre ensuite au service
du sultan Alp Arslan dont il devient le vizir en 1063. Remarquable
administrateur, il fonde plusieurs madrasas afin de former les jeunes
fonctionnaires de l’empire aux sciences religieuses. Il rédige un « Traité de
gouvernement » à l’adresse du fils et successeur d’Alp Arslan, Malik Shah,
sur lequel il exerce une forte influence. Par son ralliement aux Seljukides de
rite sunnite, Nizâm al Mulk aurait renié le pacte, devenant ainsi un ennemi
de Hassan ibn Sabbah.

Ce dernier est à présent un fugitif à la recherche d’un refuge sûr.

Il jette son dévolu sur le château isolé d'Alamut dans le Daylam dont la
position lui semble particulièrement intéressante pour se réfugier et créer
une principauté indépendante. Il envoie de Damghan et de Shahriyarkuh,
un certain nombre de ses lieutenants portant le titre de dey, tels Ismail


Qazwini, Muhammad Jamal Radi et Kiya Abul Kassim Larijani tout autour
de la vallée d'Alamut pour en convertir les habitants.

Le château est fiché sur un piton dans une vallée du massif de l'Elbrouz au
sud de la mer Caspienne, près de Qazvin au nord-ouest de l'Iran. L'origine
du nom est incertaine, une signification possible étant « nid d'aigle ».
Son origine remonterait à la dynastie Justanid de Daylam fondée en 805. On
rapporte qu'un certain Wahsudan bin Marzuban fit construire la forteresse
d'Alamut en 860. Selon la tradition, un chasseur avait repéré un aigle qui
nichait sur la roche. Le roi comprit la valeur stratégique de l'endroit et

décida d’édifier un fort au sommet du rocher qu’il baptisa l'amut d'aluh, ce
qui, en dialecte local signifie « nid de l'aigle ». Selon une autre tradition plus
romanesque, un aigle aurait informé et guidé le roi à cet endroit qui fut
appelé Talim Al Aqab (l'enseignement de l’aigle), qui se dit en dialecte
Daylami « amut d'aluh ». Des historiens iraniens ont appelé l'attention sur
le fait curieux que, si l’on donne à chaque lettre du nom d'Aluh Amut, sa
valeur numérale en arabe est 483. Ce nombre correspond à l'année du
calendrier musulman où Hassan ibn Sabbah a pris possession d'Alamut.

Plus tard, le Qarmate Mahdi Khusaro Firuz, connu sous le nom de Siyah
Shashm, occupa Alamut. Il est ensuite vaincu par le prince Musafirid ibnMusafir en 928. Il n’existe aucune source historique concernant le sort
d'Alamut durant les années qui suivirent la mort d'Ibn Musafir en 931.

Lorsque Hassan ibn Sabbah arrive en Iran après sa fuite d'Egypte, la
forteresse d'Alamut est aux mains d'un Chiite du nom de Hussein Mahdi,
qui l'avait reçu en fief du sultan Seljukide Malik Shah. Un dey de confession
ismaélienne, Hussein Qaini, agissant sous l’autorité de Hassan ibn Sabbah
se lie d’amitié avec le seigneur des lieux. Profitant de cette situation, de
nombreux Ismaéliens de la région commencent à investir pacifiquement la
forteresse d’Alamut. Découvrant cela, Hussein Mahdi les expulse et veut
fermer ses portes mais, sous la pression du nombre, il est contraint de les
rouvrir. Informé de l’évolution prise par les événements, Hassan ibn Sabbah
se rend à Ashkawar puis à Anjirud, proche d'Alamut. Le mercredi 4
Septembre 1090, il entre incognito dans la forteresse à l’intérieur de laquelle
il s’installe discrètement. Au fil du temps, Hussein Mahdi perd le contrôle
de la situation. Il existe désormais, dans l’ombre, un autre maître à
l’intérieur des remparts. La majeure partie de la garnison et un grand
nombre d'habitants d'Alamut se sont convertis à l’Ismaélisme, isolant ainsi
Hussein Mahdi et le rendant impuissant à se défendre ou à les expulser.
Bientôt, il doit abandonner le pouvoir. Il est vraisemblable que Hassan ibn
Sabbah acheta son départ en lui versant 3000 dinars or mais cette hypothèse
est controversée. C’est donc sans lutte ni massacre mais par ruse qu’Alamut
devient pour les Ismaéliens nizârites le Dar el Hijra (le refuge).


Hassan ibn Sabbah, conscient de la menace que ses ennemis font peser sur
la jeune communauté, ordonne immédiatement la rénovation du château qui
était dans un grand besoin de réparations. Il fait renforcer les fortifications,
améliorer les équipements de stockage et les sources d'approvisionnement
en eau. Il ordonne également la remise en état et le renforcement du

système d’irrigation. Il veille à la plantation de vergers et au travail des
champs destinés à procurer les ressources alimentaires indispensables à la
communauté. Une oasis fertile émerge peu à peu au milieu du paysage
minéral de la chaîne de l’Elbrouz. C’est ainsi que l’idée se répand que la
vallée d'Alamut a été transformée en jardin du paradis d’où la légende
édénique dont se fit l’écho le célèbre voyageur vénitien Marco Polo. Celui-ci
a traversé l'Iran en 1272 soit environ quinze ans après la chute d'Alamut. La
forteresse n’était plus qu’un tas de ruines. Compte-tenu de son itinéraire, il
est vraisemblable qu’il n’a jamais vu les lieux mais il a rapporté dans son
livre les récits paradisiaques qui lui ont été contés. La présence des
Nîzarites à Alamut a alimenté toute une série d’histoires extraordinaires qui
ont contribué à forger un mythe autour de Hassan, de ses fidèles et de leur
repère inexpugnable. C’est ainsi, par exemple, que l’on invoqua le « vieux
de la montagne » pour désigner le mystérieux et redoutable maître du nid
d’aigle. En fait, ce titre a été inventé par les croisés de Palestine et n’a jamais
été utilisé par les Ismaéliens Nizârites. Mais c’est incontestablement le récit
de Marco Polo relatif au pseudo paradis d’Alamut qui a le plus marqué les
esprits et a nourri les imaginations les plus fécondes. Selon la légende, à
l’instar du Paradis des croyants, les jardins du château étaient irrigués de
sources de vin, de lait et de miel. De jeunes filles très belles et éternellement
vierges étaient offertes aux combattants. C’est de là qu’émergea tout un
corpus de récits attestant que les assassins fanatiques aux ordres d’Ibn
Sabbah étaient drogués avant leurs missions afin de les plonger dans un
paradis artificiel, avant-goût du bonheur éternel qu’ils atteindraient après
avoir périt à l’issue de leurs attentats suicide. Il est vrai, cependant, que le
comportement des assassins au moment et juste après leurs forfaits, a pu
laisser supposer qu’ils agissaient sous l’effet de drogues les laissant
totalement indifférents à l’acte commis et à leur sort. En réalité, Aucune
recherche historique sérieuse n’a permis d’attester le recours à des drogues
afin de fanatiser les combattants d’Alamut.
On décrivit également les conditions de recrutement et de formation de ces
hommes qui répandaient la terreur au sein des cours Seljukides et aussi,
plus tard, parmi les Croisés. Les jeunes hommes étaient prétendument
kidnappés et conduits à Alamut. Là, ils subissaient un endoctrinement à
l’aide de techniques de persuasions physiques et psychologiques telles que
la privation de sommeil et de contact avec la famille. Le maître de la secte
ajoutait l'usage de drogues, dont le haschish mais aussi peut-être le vin et
l'opium afin d’obtenir des individus totalement dévoués. Quoiqu'il en soit,


ce conditionnement psychologique supposé n'a apparemment été appliqué
qu'à un petit nombre d'initiés, les feddayins, et non à la grande majorité des
fidèles, hommes ou femmes.

Toutefois, avant que ne s’élaborent et se répandent les légendes édéniques
et les récits effrayants autour de l’oeuvre de Hassan ibn Sabbah, la prise
d’Alamut par surprise parvint à la cour du sultan Malik Shah et de Nizâm al
Mulk.
L’annonce de cet événement provoque une grande stupeur. Malik Shah
consulte ses conseillers à plusieurs reprises afin d’arrêter son attitude. Il
décide, dans un premier temps, de recourir à la diplomatie. Il envoie ses
représentants à Alamut pour exiger de Hassan ibn Sabbah son allégeance au
pouvoir.

Hasan ibn Sabbah reçoit la délégation avec considération. Les envoyés
louent la puissance et la splendeur de Malik Shah et lui demandent de faire
allégeance. Il leur répond qu’il ne peut obéir à d’autres ordres que ceux de
l’Imam caché, ajoutant que la gloire matérielle des rois ne l’impressionne
pas. Déçus, Les plénipotentiaires Seljukides quittent Alamut sans être
parvenus à faire plier Hassan. Deux ans s’écoulent avant que Malik Shah et
son vizir se décident à attaquer les rebelles.

Les forces Seljukides se lancent à l’assaut sous le commandement de Turun
Tash qui organise le siège de la place et fait dévaster les champs sans
omettre de passer au fil du sabre les convertis ismaéliens qui lui tombent
sous la main. Le château d’Alamut résiste mais commence à manquer de
vivres. Ses occupants se trouvent en grande détresse et songent à
abandonner la forteresse. Hassan, cependant, parvient à persuader sa
garnison de poursuivre la résistance en déclarant avoir reçu un message de
l'Imam Mustansir Billah du Caire lui assurant la victoire car Alamut
s'appelle également la ville de la bonne fortune. Tout espoir n’est donc pas
perdu. De son côté, Turun Tash conduit de nombreux assauts mais sans
succès. La garnison affamée résiste. Lassitude où autre motif ? Le siège est
enfin levé. Malik Shah apprend la nouvelle de l’échec de ses troupes.
Furieux, il décide de se rendre à Bagdad afin de rencontrer les dirigeants
Abbassides en vue d’adopter des mesures visant à l'éradication de
l'Ismaélisme. Nizâm al Mulk lui suggère d’expédier deux grandes armées
afin d’en finir avec les Nizârites. L’expédition s’organise en 1092. En
attendant, le vizir, qui a bien compris que la solution ne peut être
uniquement militaire, lance une vaste contre-offensive idéologique. Il agite
le peuple et mobilise les théologiens contre Hassan ibn Sabbah et ses
compagnons.


Hassan sait, quant à lui, qu’il ne parviendra pas à vaincre militairement la
redoutable armée seljukide. Il sait également qu’une armée privée de ses
chefs ou un pouvoir décapité sont durablement neutralisés. Aussi, forge-t-il
une stratégie de combat du faible au fort. Dans l’incapacité d’affronter
victorieusement des troupes nombreuses et puissamment armées, il décide
de recourir à une arme redoutable : La peur. Effrayer l’adversaire en usant
de moyens contre lesquels il se sentira sans défense et toujours menacé.
Que pourra faire un sultan, un vizir ou un chef d’armée qui ne pourra faire
confiance à son entourage et qui redoutera à tout instant d’être assassiné ?
Paralyser l’adversaire par la menace permanente et invisible d’une attaque
imprévisible pouvant survenir à n’importe quel moment et n’importe où,
voilà l’arme totale imaginée par Hassan. A cette fin, il met à profit les deux
années qui précèdent l’attaque pour former un corps de combattants d’élite.
Ses membres seront chargés de conduire des missions dont ils ne pourront
pas revenir vivant et qui accepteront ce sort comme une sorte de cadeauú
Une clé pour le Paradis ! Ce sont les feddayins.
Ne quittant pratiquement jamais son petit logement composé d’une
chambre à coucher et d’une bibliothèque, il supervise personnellement la
formation de ces jeunes hommes.
Drogués ? Pas drogués ? Les avis divergent. Selon certains chroniqueurs, ils
vivent sobrement, ne buvant jamais de vin, consacrant leurs vies à leur
entraînement physique et leur formation intellectuelle requises pour
l'accomplissement de leurs missions. Un fait semble certain, ils reçoivent
une formation religieuse qui les prépare psychologiquement à être des
combattants de la foi pour lesquels la mort n’est pas un drame mais une
récompense. En langage contemporain, nous dirons qu’ils sont endoctrinés
et fanatisés. Ils deviendront les redoutables Assassins.

D’où vient le mot « assassin » ? Selon les adversaires de Hassan, il aurait la
même racine que haschish, une des drogues qu’il aurait utilisées pour
conditionner les feddayins. Cette hypothèse étymologique est cependant
contestée. Amin Maalouf, donne dans son roman « Samarcande » une
étymologie différente: Le terme proviendrait simplement du nom de Hassan
(Hassanjins, les djins de Hassan).

Quelle que soit son étymologie, le mot va faire trembler nombre de
puissants de l’époque.

A tout seigneur tout honneur, c’est Nizâm al Mulk qui inaugure la sinistre
liste des meurtres politiques commis par les Assassins. Là aussi, le doute
subsiste sur le motif réel de l’attentat et l’identité de son commanditaire.
Certains historiens réfutent l’hypothèse d’un acte commis par un sbire de
Hassan : L’assassinat du vizir serait le résultat d’un complot au sein même
de la Cour. Ibn Khallikan dans son "Wafayat al-A'yan"(vol.1 p. 415) écrit


que" l'assassin était armé et guidé par Malik Shah, qui convoitait les
nombreux fiefs en sa possession."

Une autre version désigne Ibn Darest, ennemi personnel du vizir et favori du
sultan, comme instigateur du meurtre. Une des épouses du sultan a

également été soupçonnée d’avoir fomenté le forfait.

Qu’importe ! Le fait que les Assassins soient accusés du meurtre prouve
l’effroi qu’ils suscitent et donne un sérieux crédit aux menaces proférées par
Hassan.

Malik Shah, à son tour, est tué trente cinq jours après le meurtre de Nizâm
al Mulk. Il a trente sept ans et laisse derrière lui une période brillante. Les
projets d’expédition contre les Nizârites sont abandonnés. Une véritable
psychose s’empare des autorités et de la population de la capitale seljukide.
En 1093, une rumeur court les rues d’Ispahan qu’un groupe d’Ismaéliens
s’introduisent dans les maisons pour en torturer à mort les occupants. Une
chasse aux Ismaéliens est lancée.

L’objectif poursuivi par Hassan est atteint. Non seulement le pouvoir est
effrayé et neutralisé mais l'empire Seljukide est précipité dans la guerre
civile et les rivalités internes. Le pays, pendant plus d'une décennie, est
déchiré par l’affrontement entre les fils du défunt sultan. Les querelles
intestines offrent au maître d’Alamut des perspectives favorables pour la
réalisation de son projet initial.
La voie semble désormais ouverte à la conquête chiite de l’Iran avec l’appui
des Fatimides d’Egypte. Malheureusement pour les gens d’Alamut, Nizâr
échoue. Les conditions dans lesquelles il disparaît ne sont pas parfaitement
établies. Selon une hypothèse assez vraisemblable, il est capturé,
emprisonné puis emmuré vivant ! Hassan Ibn Sabbah est dorénavant seul à
oeuvrer dans la région pour la restauration du Chiisme. Il doit faire évoluer
sa stratégie et décide de maîtriser le pouvoir politique par un réseau occulte
d’espions et de maîtres chanteurs. A cette fin, il n’hésite pas à nouer des
alliances avec les Croisés.

Malgré l’échec tragique de Nizâr, la situation des Nizârites se renforcent,
surtout à cause des divisions au sein des Seljukides. Outre Alamut, les
partisans de Hassan occupent les forteresses de Mansurakuh et de Mihrin
au nord de Damghan, et Ustavand dans la région de Damawand. Ils ont
également pris possession de Girdkuh, une importante place-forte située
dans une fertile région. En 1096, la forteresse de Lamasar est prise par
Buzrug Ummid.
En 1101, Abdul Malik occupe le fort de Shahdiz près d’Ispahan, la capitale
de l’empire Seljukide où il obtient la conversion de 30.000 personnes à


l’ismaélisme. Shahdiz devient le centre de mission des Ismaéliens pour la
Perse comme Alamut est celui du Khurasan.
Face à cette situation inquiétante, les Seljukides prennent la mesure de la
menace et commencent à réagir énergiquement. Shahdiz est reprise en 1107.
Les occupants sont massacrés impitoyablement. Abdul Malik est capturé et
promené dans les rues d'Ispahan avant d’être écorché vif. Son épouse
échappe à la capture en se jetant du haut des murailles.
Son fils est également exécuté. Une autre place-forte ismaélienne,
Khanlanjan, à 30 km au sud d'Ispahan est également prise et rasée. Si la
périphérie de l’Etat nizârite se fissure sous les coups des Seljukides, le
centre, c’est-à-dire Alamut, reste hors de portée de l’armée turque.

Les expéditions militaires se succèdent vainement. En 1109, la chute
d'Alamut est, une fois de plus, ordonnée. Les assaillants commencent par
détruire les récoltes du Rudhbar, assiègent le fort de Lamasar et d'autres
châteaux pendant huit années consécutives. Ils mettent le siège devant
Alamut, forçant Hassan ibn Sabbah et ses lieutenants à envoyer leurs
épouses et filles à Girdkuh, où elles gagneront leur subsistance en
travaillant. Aucun des assiégés ne reverra jamais sa famille. Les femmes
seront empêchées de revenir au château. Hassan ibn Sabbah doit rationner
la nourriture à un pain et à trois noix fraîches par jour et par personne. Les
assiégeants obtiennent le renfort régulier des émirs Seljukides de plusieurs
régions. En 1118, alors qu’Anushtagin est sur le point de réduire Alamut,
dont le garnison est épuisée par les bombardements, survient la nouvelle de
la mort du Sultan Muhammad. Les armées Seljukides lèvent le siège et
quittent le Rudhbar, ne prêtant aucune attention aux réclamations
d'Anushtagin qui veut poursuivre le combat. Les assiégés récupèrent tous
les approvisionnements abandonnés par leurs assaillants.
La mort du sultan Muhammad est suivie d'une nouvelle période de conflits
internes dans l'empire Seljukide. A Ispahan, Muhammad a été remplacé par
un de ses fils, Mahmud, qui va régner de 1118 à 1131. Comme d’habitude, la
succession ne se fait pas sans heurt. Le nouveau sultan doit faire face aux
autres prétendants au trône que sont les trois autres fils de Muhammad :
Tughril II, Masud et Suleiman Shah, et également à plusieurs petits-fils.

À la montée en puissance d'Alamut répond l'hostilité des Seljukides. Le
pouvoir envoie des troupes contre les Ismaéliens au Khuristan. Le sultan
n’hésite pas à prendre lui-même la tête d’une importante troupe pour
attaquer Alamut. Hassan ibn Sabbah tente alors, à plusieurs reprises, de
dissuader le sultan et lance un appel à la paix, mais en vain. La pression
Seljukide est si forte que Hassan Sabbah ne voit qu’une issue : Il ordonne à
l’un de ses fidèles d’aller menacer de mort le sultan. L’homme parvient à
pénétrer dans le camp ennemi et à s’introduire sous la tente du sultan.
Celui-ci trouve un poignard planté dans son lit. Près de l’arme, il aperçoit un


papier sur lequel est écrit : "Ne crois pas qu’Alamut est loin de toi. Ceux
que tu as choisis pour ton service m’obéissent. Celui qui a planté ce
poignard dans ton lit pouvait le planter dans ton coeur. Je crois que tu es un
homme bon. C’est pourquoi je t’ai épargné mais ceci est un avertissement."

Pris de frayeur, il ordonne la levée du siège et conclut un pacte avec Hassan

ibn Sabbah en 1123, reconnaissant l’existence d’un Etat nizârite indépendant
et accordant à son chef le droit de prélever l’impôt sur son territoire. Il leur
octroie également le droit de prélever le péage sur les caravanes des
commerçants passant par Girdkuh. D'autres dispositions du traité indiquent
que les Nizârites ne devront pas édifier de nouveaux châteaux ni se procurer
de nouvelles armes ni enrôler de nouveaux convertis à leur foi dès la
conclusion du traité.

Durant toutes ces années de trêve, Hassan demeure à l’intérieur du château
d’Alamut. On dit qu’il n’a quitté ses appartements que deux fois pour
monter sur le sommet de la tour. Le règlement intérieur est strict. Personne
n'a le droit de boire du vin à Alamut. La musique est également interdite.
Nul ne peut enfreindre les interdits sans mettre sa vie en péril. Les deux fils
de Hassan n’échappent pas à sa vindicte.
Muhammad et Ustad Hussein vont, en effet, connaître une fin tragique. Le
premier boit du vin et, en outre, il est suspecté d’être complice du meurtre
du dey Hussein Qaini à Quhistan. Voulant donner un exemple de sa rigueur
et de son impartialité, Hassan ordonne son arrestation et sa mise à mort. Le
second fils sera également exécuté, de telle sorte que Hassan ne laissera
après lui aucune descendance masculine. Il semble indifférent au sort de sa
propre famille et au sien. Alors que des membres de sa secte préparent un
généalogie le concernant sur le mode hagiographique habituel, il jette le
manuscrit à l'eau. Il ne veut pas être identifié à l’Imam mais seulement à
son serviteur durant la période d’occultation. Austère et très pieux, il occupe
une part importante de son temps à lecture des ouvrages religieux, à la
rédaction de prônes et à l’administration des affaires de son royaume.

La mort le rattrape au printemps 1124. Il tombe malade en mai. Conscient
que sa fin est proche, il confie les rênes du pouvoir à son lieutenant, Buzrug
Ummid. Il nomme également trois sages, Didar Abu Ali Ardistani, Hassan
Qasrani et Ba Jafar pour assister Buzrug Ummid jusqu'au moment où
l'Imam reviendra diriger son royaume. Après avoir régné sur le petit
royaume nizârite durant trente cinq ans, le maître d’Alamut meurt à la mi-
juin. Il est alors âgé de 90 ans. Ses successeurs poursuivront son action
durant de longues années encore et les meurtres politiques vont continuer à
terroriser les puissants, Musulmans et Chrétiens.

Alain Mourgue © 2006


CHAPITRE 3

LES ASSASSINS FRAPPENT LES CHRETIENS

L’existence des Assassins est rapportée en Europe par les Croisés plusieurs
décennies plus tard, bien après la mort de Hassan.
C’est seulement en 1175 que le rapport d’un émissaire en Egypte de
l’Empereur Barberousse en fait mention :

« (…) il existe une certaine race de Sarrasins qui, dans leur dialecte,
s’appellent Heyssessini, et en romain, segnors de montana. Cette race
d’hommes vit sans lois ; ils mangent de la chair de porc contre la loi des
Sarrasins et disposent de toutes les femmes, sans distinction, y compris leurs
mères et leurs soeurs. Ils vivent dans la montagne et sont pratiquement
inexpugnables car ils s’abritent dans des châteaux bien fortifiés. (…) Ils ont
un maître qui frappe d’une immense terreur tous les princes sarrasins
proches ou éloignés, ainsi que les seigneurs chrétiens voisins, car il a
coutume de les tuer d’étonnante manière. (…) Dans ces palais, il fait venir,
dès leur enfance, nombre de fils de paysans. Il leur fait enseigner diverses
langues, comme le latin, le grec, le romain, le sarrasin et bien d’autres
encore.
(…) on apprend à ses jeunes gens à obéir à tous les ordres et à toutes les
paroles du seigneur de leur terre qui leur donnera alors les joies du paradis
parce qu’il a pouvoir sur tous les dieux vivants. (..) Le prince donne alors à
chacun un poignard d’or et les envoie tuer quelque princes de son choix. »

Comme nous pouvons le constater, le mythe du « Vieux de la montagne »

est d’ores et déjà établi. Bien que Hassan soit mort depuis un demi-siècle,
son ombre plane sur les agissements des hommes d’Alamut. Hassan ibn
Sabbah a, désormais, quitté l’Histoire pour entrer dans la légende.

Quelques temps plus tard, le chroniqueur Guillaume de Tyr mentionne la
secte en quelques lignes : « Le lien de soumission et d’obéissance qui unit
ces gens à leur chef est si fort qu’il n’y a pas de tâche si ardue, difficile ou
dangereuse que l’un d’entre eux n’accepte d’entreprendre avec le plus grand
zèle à peine le chef l’a-t-il ordonné. (…) Nos gens comme les sarrasins les
appellent Assissini ; l’origine de ce nom nous est inconnue.»

D’après les recherches effectuées par l’universitaire Bernard Lewis, c’est le
28 avril 1192 que la secte frappe sa première victime chrétienne : Le marquis
Conrad de Montferrat, Prince de Jérusalem. Débarqué en Palestine quelques


années auparavant, celui que les chroniqueurs arabes appellent « al
Markich » est un adversaire particulièrement tenace face à Saladin. Conrad

vient d’être élu roi de Jérusalem. Il est l’hôte de l’évêque de Tyr en
compagnie duquel il vient de prendre un repas. Joyeux et insouciant, il fait
amener son cheval et monte en selle. L’escorte dont il a pris la tête s’enfile
dans les étroites ruelles de la ville et passe le long des boutiques. Soudain,
deux hommes jaillissent, s’accrochent à l’arçon de la selle et se jettent sur
lui, poignard en main. Conrad est frappé de plusieurs coups et tombe de sa
monture. Un des deux assaillants est aussitôt capturé mais l’autre parvient à
s’enfuir et à se réfugier dans une église. Conrad est grièvement blessé mais
n’est pas mort. Il a la force de parler et demande qu’on le porte jusqu’à
l’église toute proche. Le groupe pénètre à l’intérieur de l’édifice plongé dans
une semi-obscurité. Sortant de sa cachette, le fugitif se jette sur le blessé et
le larde de coups de poignards avant que les soldats n’aient le temps de le
maîtriser. Les deux hommes sont activement interrogés. Ils avouent s’être
convertis au christianisme six mois plus tôt et avoir agi sur les ordre du roi
d’Angleterre Richard Coeur de Lion ! Ils s’étaient mis au service de seigneurs
locaux afin de pouvoir approcher le marquis de Montferrat sans difficulté.
Les deux assassins sont suppliciés. Quant à la culpabilité de Richard Coeur
de Lion dans cette affaire, il faudra plusieurs mois pour qu’elle disparaisse et
que soit établi le rôle de la secte d’Alamut. En effet, Conrad et Richard
étaient des rivaux politiques pour ne pas dire des ennemis. Dès la mort de
Conrad, Richard assume le gouvernement de Tyr et le confie à Henri de
Champagne qui épouse dans la foulée la jeune veuve enceinte d’un enfant
du défunt !
Cette affaire démontre à quel point les maîtres d’Alamut connaissaient les
rivalités au sein du camp chrétien et avec quel brio ils étaient capables de
monter un attentat dont les responsabilités seraient attribuées au roi
d’Angleterre.
Ce meurtre spectaculaire a un puissant retentissement dans la communauté
chrétienne d’Orient. Sa nouvelle suscite alors de nombreux témoignages de
chroniqueurs sur cette étrange et dangereuse bande de fanatiques.
Le chroniqueur Arnold de Løbeck prétend rapporter dans son texte des
témoignages oraux de témoins : « Ce Vieux a, par sa magie, tellement

obnubilé les hommes de son pays qu’ils ne vénèrent ni n’adorent d’autres
Dieu que lui. Il les séduit d’une étrange manière par de telles espérances et
la promesse de tels plaisirs dans une jouissance éternelle qu’ils préfèrent
mourir plutôt que vivre. Nombre d’entre eux sont même prêts, sur un ordre
ou un simple signe de lui, à sauter du haut d’une grande muraille et à périr
d’une mort atroce en se fracassant le crâne. Les plus heureux, affirme-t-il,
sont ceux qui versent le sang humain et qui, en contre partie, trouvent eux-
mêmes la mort. (…) il (le Vieux de la montagne) leur fait voir par sa magie
certains rêves fantastiques, pleins de délices et de plaisirs, plutôt
d’imposture, et leur promet la possession éternelle de ces biens en


récompenses de tels actes. »

Ce texte illustre, s’il en est besoin, la tendance persistante de toute
collectivité à diaboliser l’ennemi dès lors qu’elle est confrontée à une
menace d’autant plus redoutable qu’elle semble surgir d’un lieu mystérieux.
L’adversaire se voit naturellement chargé des crimes les plus abominables et
des pratiques les plus scandaleuses qui puissent s’imaginer. Toutefois, les
rumeurs courant à cette époque sur le compte de la secte d’Alamut n’étaient
pas totalement dénuées de fondement. Les Nizârites traversaient une
période d’hérésie qui dura plusieurs dizaines d’années.

Le meurtre de Conrad de Montferrat atteste la présence active des Nîzârites
en Syrie et en Palestine, loin d’Alamut. Il est avéré que de son vivant Hassan
ibn Sabbah n’a pas hésité à s’allier ponctuellement avec des seigneurs
chrétiens pour combattre l’ennemi Seljukide. Des contacts ont donc été
établis et entretenus entre Croisés et Nîzârites. Le procès qui sera instruit,
plus tard, par la justice du roi de France Philippe le Bel contre les maîtres de
l’Ordre du Temple de Jérusalem, comportera notamment des accusations de
pratiques magiques, blasphématoires et contraires aux bonnes moeurs que
les Templiers auraient commises après les avoir adoptées des gens
d’Alamut. Nous avons là un remarquable exemple de recyclage d’arguments
initialement destinés à flétrir les Nîzârites dans un but de politique
intérieure. Tout est bon pour justifier l’élimination d’un ordre religieux
devenu trop riche, trop puissant et trop indépendant aux yeux de la
monarchie française.

Les alliances puis les affrontements entre Chrétiens et Nizârites nous
invitent à nous intéresser à la présence et à l’activité de ces derniers en Syrie
et Palestine. Souvenons-nous que cette région fut parcourue
minutieusement par Hassan dans le but de rassembler le plus grand nombre
possible de partisans prêts à faire cause commune avec les Fatimides
d’Egypte.

Alain Mourgue © 2006


CHAPITRE 4

LES NIZÂRITES EN SYRIE

Les Ismaéliens prospèrent à Salamya, en Syrie, depuis la période pré-
Fatimide et ils y sont actifs durant tout le califat Fatimide. Plus tard,
l'Ismaélisme syrien accepte l'autorité de Nizâr pendant la période

d’occupation nizârite d'Alamut. Al-Hakim Al-Munajjim Assad ibn Kassim,
un savant, est le premier dey nizâri à venir d'Alamut à Alep. Al-Munajjim
revendique l’amitié du souverain Seljukide Ridwan ibn Tutus qui permet la
propagation du Nizârisme à Alep. Quelques années plus tôt, en 1097, le
vizir Fatimide Al Afdal a envoyé un messager à Ridwan ibn Tutus avec des
cadeaux somptueux et lui proposant l'allégeance au calife Fatimide
d’Egypte plutôt qu’au calife Abbasside de Bagdad. Ridwan admet, en
principe, et la khutba, c’est-à-dire le prône prononcé à l’occasion de la
grande prière du vendredi, est modifiée en conséquence à partir du vendredi
18 août 1097 à Alep. Elle est désormais lue au nom d'Al-Musta'li d'Egypte
suivi des noms d'Al Afdal et de Ridwan. Cependant son allégeance formelle
est de courte durée. Il ne reconnaît la souveraineté Fatimide que pendant
quatre semaines. Bientôt, il autorise les deys ismaéliens nizârites à utiliser
Alep comme centre de leurs activités. Il les aide également à construire une
maison de la prédication (dar el dawa). L'atmosphère religieuse chaotique et
les tensions entre Fatimides et Abbassides permettent au maître de la Syriede soutenir l'Ismaélisme dès lors que cela lui semble politiquement
avantageux. Les Ismaéliens l’appuient dans sa lutte contre les Croisés. Ils
s’emparent d’Afamiya qui devient la première place forte nizârite
ismaélienne de Syrie, mais cette situation ne dure guère. Les alliances se
font et se défont au gré des intérêts politiques. Les rivalités entre princes
l’emportent souvent sur la nécessité de s’allier face à un ennemi commun.
Cela est vrai autant pour les Musulmans que pour les Chrétiens. En 1106,
Mushib ibn Mulaib invite Tancrède de Hauteville, prince franc d'Antioche,
à s’emparer du fort d'Afamiya. Tancrède met le siège et ne consent à le
lever que contre l’hommage rendu par les Ismaéliens et le versement d’une
rançon. C’est probablement la première rencontre entre l'Ismaélisme de
Syrie et les Croisés.
En 1110, les Nizârites cèdent Kafarlatha à Tancrède. A Alep, Abu Tahir est à
la recherche d’une place fortifiée appropriée afin d’assurer la défense des
Nizârites. C’est alors que Mawdud, le gouverneur Seljukide de Mossoul


vient avec son armée pour combattre les Croisés. Ridwan ferme les portes
d'Alep. Les groupes armés ismaéliens sont rassemblés à ses côtés. Soucieux
de maintenir son autorité, Ridwan semble prendre ses distances avec ses
alliés du moment. En 1111, il doit accorder le pardon aux auteurs d’un
soulèvement populaire anti-ismaélien conduit par un riche négociant
originaire de Transoxiane. Il meurt en 1113. Son fils Arslan qui lui succède
devient un adversaire des Ismaéliens dont plusieurs sont massacrés.
L’influence ismaélienne cesse à Alep vers 1124. Les Nizârites sont ensuite
expulsés et leurs biens saisis.
Ils se réfugient dans la partie septentrionale de la Mésopotamie, connue
sous le nom d'Al-Jazirah, vaste province, divisée en trois régions : Diyar
Rabiah, Diyar Mudar et Diyar Bakr (diyar est le pluriel de dar signifiant
habitation). Beaucoup d’entre eux se rendent à Amid, l'antique Amida
romaine, sur le cours supérieur du Tigre. La ville est le chef-lieu du Diyar
Bakr, où de nombreux Ismaéliens résident. Mais en 1124, les habitants du
Diyar Bakr massacrent des Ismaéliens et dévastent leurs propriétés.

Abu Tahir, le chef des Nizârites syriens est remplacé par un autre dey
d’origine iranienne, Bahram. C’est un homme secret qui vit dans la
dissimulation, continuellement déguisé, afin de se déplacer de ville en ville
et de château en château sans éveiller l’attention jusqu'à ce qu'il apparaisse
à Damas menacée par les Francs. Tughtigin, l’Atabeg de la ville, a besoin
de renforts. Il n'y a pas de meilleurs combattants que les Ismaéliens.
Bahram est donc reçu avec les honneurs par l’Atabeg et son vizir, Abu Ali
Tahir ibn Sa’ad Al-Mazdaqani. Il se lie d’amitié avec les deux hommes et
obtient une position éminente dans la ville. Tughtigin le recrute pour lutter
contre les Croisés. Bahram en profite pour obtenir des avantages en faveur
des Nizârites.
Tughtigin lui cède la forteresse frontalière de Baniyas. A Damas, les
Ismaéliens reçoivent un bâtiment qu’ils utilisent comme "maison de la
prédication".

Lorsque Bahram s'établit à Baniyas, il reconstruit et embellit le château puis
part en mission dans la région environnante. Il expédie ses deys dans toutes
les directions afin de convertir le plus de gens possible.
Le Wadi Al-Taym, dans la région de Hasbayya au nord de Baniyas et à
l’ouest du Mont Hermon offre un lieu propice à la propagation de
l'Ismaélisme. En 1128, Bahram quitte donc Baniyas à la tête d’une armée
afin de prendre possession du Wadi al Taym. Il doit affronter Dahhak ibn
Jandal, le gouverneur local. Bahram est tué au cours de la bataille. Le dey
Ismaël lui succède. Il conserve des liens étroits avec Tughtigin, qui meurt à
la fin de 1128. Abu Sa'id Buri, fils et successeur de Tughtigin, connu sous le
nom de Taj al Mulk est un adversaire de l’Ismaélisme. Il ordonne leur
massacre le 4 septembre 1129. On évalue entre 6000 et 20 000 le nombre de


victimes. Les Ismaéliens doivent céder la forteresse de Baniyas aux Francs
afin de les détourner de Damas et se placent sous la protection des Croisés.

Craignant des représailles, l’Atabeg Buri ne quitte plus son palais à moins
d’être protégé par une forte escorte. Le 7 mai 1131, en dépit de toutes les
précautions prises, il est assailli à l’intérieur même du palais par deux
feddayins venus secrètement d'Alamut. Ces derniers étaient parvenus à se
mêler aux gardes de la citadelle de Damas. Touché au cou et à la hanche,
Buri meurt de ses blessures un an plus tard.

Alain Mourgue © 2006


CHAPITRE 5

ALAMUT APRES LA MORT D’IBN SABBAH

A la mort de Hassan ibn Sabbah en juin 1124, c’est Buzrug Ummid qui lui
succède, puis le fils de celui ci, Mohammed I, en 1138. La lutte contre les
Turcs se poursuit de manière intermittente avec, comme nous venons de le
voir, d'autres assassinats dont le calife abbasside Al Mustarshid, et plus tard
son fils Al Rashid.

En 1162, Hassan II succède à son père Mohammed I. Il va totalement
bouleverser les conceptions religieuses des Nizârites. Lors du ramadan de
1164 il annonce, au nom de l’Imam caché, la « Résurrection » et abroge la loi
islamique, notamment, l’obligation du jeûne et l’interdiction de boire du vin.
Son règne est bref. Il est assassiné dix-huit mois plus tard par un opposant à
la nouvelle doctrine. Son fils Mohammed II va consolider la nouvelle foi. Il
va même plus loin en se proclamant descendant direct de Nizâr, ce qui fait
de lui un Imam, c’est-à-dire le « vrai guide spirituel et temporel de toute la
communauté islamique ».

Bien entendu, les remous internes au pouvoir nizârite ne met pas un terme
aux agissements des feddayins, tout au contraire ! En 1170 ou 1171, alors
qu’il s’apprête à déposer la dynastie fatimide, le célèbre Saladin échappe à
plusieurs tentatives d’assassinat. De plus, l’abrogation de la loi islamique et
les dérives qui en découlent alimentent, probablement à juste titre, les
rumeurs les plus scabreuses concernant les moeurs des sectaires.

L’orthodoxie nizârite n’est rétablie qu’après plusieurs décennies. C’est
Hassan III qui met fin à l’hérésie en ré-instaurant la charia dès la mort de
son père en 1210. Toutefois, à la différence de l'époque de son père, les
Nizârites se conforment désormais au rite sunnite, et abandonne le chiisme.

Après le règne insignifiant de l'instable et violent Imam Mohammed III
jusqu’en 1255, son fils Khur Shah est confronté à un ennemi redoutable :
L'armée mongole, menée par Hulagu Khan, petit-fils de Gengis Khan, en
route pour conquérir et piller le Moyen-Orient. Malgré plusieurs tentatives
d'assassinats infructueuses, les troupes d'Hulagu assiègent le château où
Khur Shah s'est réfugié. En 1256, il finit par se rendre et meurt sur le chemin
de sa captivité en direction de la Mongolie. Malgré une résistance
sporadique, les autres places fortes tombent ou acceptent de déposer les


armes. Alamut est rasée et sa précieuse bibliothèque détruite. De nombreux
Nizârites sont massacrés, y compris toute la famille de l'Imam, sauf un fils
de Khur Shah qui aurait été mis à l'abri à temps pour assurer la succession
de l'Imamat.

Deux ans plus tard, en 1258, les hordes mongoles s’emparent de Bagdad et
la mettent à sac. C’est la fin de l’empire abbasside.

Quant aux Nizârites, on connaît mal leur histoire dans la période qui suit les
destructions et les massacres des Mongols. Ce qui reste de la communauté
se disperse en groupes isolés et tente de survivre le plus discrètement
possible, toujours sous la menace de persécutions des musulmans
orthodoxes. Le mouvement connaît une certaine résurgence au XVème
siècle. La petite ville d’Anjudan, en Iran, est choisie comme siège de la
communauté et des missionnaires sont envoyés en Inde et en Asie Centrale.
Les nouveaux convertis indiens portent le nom de Khojas.

À la fin du Moyen-Âge, la quasi-disparition des Nizârites coïncide avec
l'essor de la branche principale de l'ismaélisme dont les descendants actuels
sont les Ismaélites, avec à leur tête l'Aga Khan.

Alain Mourgue © 2006


BIBLIOGRAPHIE

Alamut, Vladimir Bartol. Editions Phébus, Paris 1988
Chroniques arabes des Croisades, Editions Sindbad, 1996

Saladin, rassembleur de l’Islam, Geneviève Chauvel. Editions Pygmalion, 1991
Samarcande, Amin maalouf. Editions Jean-Claude Lattès, 1988
Sar Guzasht-i Sayyidna, Hassan Ibn Sabbah
Speculum, vol. XXII, numéro 4, 1947.
Wafayat al-A'ayan, Ibn Khallikan, vol. 1

Alain Mourgue © 2006