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La bête du Gévaudan

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La bête du Gévaudan dévore Agnès Mourgue



En cette année 1765, la Margeride et le Gévaudan voisin vivent un des épisodes les plus dramatiques de l'affaire de "la bête du Gévaudan". L'année commence mal. Un hiver particulièrement froid, recouvrant le paysage d'un linceul immaculé, cède la place à un printemps furtif et pluvieux qui ouvre lui-même la porte à un été pourri. C'est une de ces années où le froid et l'humidité pénètrent les êtres et les choses, où la brume s'accroche au relief et aux arbres. Les journées sont maussades et les nuits détestables. Le 22 janvier, Jeanne Tanavelle âgée de 25 ans, du hameau de Chabanolles près de Julianges, succombe à l'attaque de la bête à l'issue d'une lutte acharnée. Elle est alors la vingt-sixième victime identifiée et la première de la paroisse de Lorcières. Les paysans vont bientôt courir sus au loup au détriment des travaux des champs, partagés entre la frayeur véritable que la bête leur inspire et la crainte d'avoir à supporter les Dragons du Roi qui se comportent souvent comme des soudards en pays conquis. Le curé de Lorcières, Ollier, a la plume habile. Il est l'avocat de la petite communauté dont il a charge d'âmes. Il dresse un rapport détaillé qu'il envoie directement au ministre d'Etat, Monsieur de Saint-Florentin, au lieu de l'envoyer par la voie hiérarchique au subdélégué de Saint-Flour, Monsieur de Montluc. A propos des paysans de sa paroisse, il écrivit plus tard, le 30 décembre 1765, à l'Intendant d'Auvergne : « les gens de Lorcières ont perdu a des chasses fatigantes et mal entendues, leurs foins et une partie de la récolte...N'osant pas sortir de chez eux, ils sont dans la dernière misère, ne trouvant personne pour garder leurs bestiaux... Il y en a qui mourront de faim, loin de payer leurs tailles. » La bête débute en juin 1764 ses sinistres exploits qui prennent fin trois ans plus tard. Ce loup, ou prétendu tel selon les hypothèses, parcourt une zone très accidentée qui forme un triangle délimité par le mont Mouchet au nord, le mont Chauvet et le mont Grand au sud. Cette région se situe aux confins des départements actuels du Cantal, de la Lozère et de la Haute-Loire.
Les 16, 17 et 18 février, les paysans chassent la bête aux environs de Marcillac et de la Fage. Ils la poursuivent les 29 et 30 mars « avec fusils et hallebardes » près des bois de Feyrolettes, sans succès. Le 19 mai, les Mourgue participent - avec les hommes des paroisses de Paulhac, Saint-Privat, Le Malzieu et Julianges - à une grande chasse organisée par les Denneval, famille de Gentilshommes normands envoyés par le Roi. Devant l'absence de résultats, les Denneval sont remplacés par Antoine de Beauterne. Le 16 juin, la bête est délogée d'un champ de blé. Epouvantée par la foule qui sort de la messe, elle traverse un commun entre Feyrolettes et Plaux, passe au milieu des femmes et des filles « avec une si grande légèreté qu'elles n'eurent pas le temps de l'examiner, si fort elles furent toutes saisies de peur. » Le 4 juillet, Marguerite Oustallier, âgée de 68 ans, est dévorée alors qu'elle garde ses bestiaux près des bois de Broussoles. Dans son récit, l'Abbé Pierre Pourchet confirme que la peur de la bête a tout désorganisé: travaux des champs, commerce, foires. Le dimanche 11 août, l'animal attaque deux jeunes filles près de Paulhac. L'une d'elles, Marie-Jeanne Valet, parvient à blesser la bête et la faire fuir. Le 21 août, dans une lettre qu'il adresse à Ballainvilliers, Intendant d'Auvergne, Antoine de Beauterne, Porte-Arquebuse et Grand-Louvetier du Roi, écrit: « Combien nous souffrons de voir sous nos yeux, comme partout où nous allons, une si affreuse misère... » Dans une autre lettre, le même auteur précise: « Il fait ici un temps déplorable depuis trois jours. Les blés qui sont presque tous sur pied ou à terre, pourrissent, sans pouvoir les serrer (engranger). » Le samedi 21 décembre, jour de saint Thomas, est une journée lugubre. Entre 11 heures et midi, la Bête donne des marques monstrueuses de sa voracité. Elle dévore et égorge d'une manière cruelle Agnès Mourgues, environ 12 ans, qui garde les bestiaux dans les communs du village de Marcillac paroisse de Lorcières. La fillette combat de son mieux, se défend avec des pierres, puis succombe. La Bête lui arrache la tête qu'elle porte à six pas; elle traîne le corps pour manger tout le col, les épaules, le devant des mamelles, le mollet d'une jambe. Elle lui a tiré ses bas avec ses griffes des pattes de devant et fait quelques ouvertures au bas-ventre. Des gardiens de bestiaux voisins, voyant le troupeau de l'enfant en déroute, accourent. Ils trouvent le corps et les habillements tellement mis en pièces qu'elle était comme si elle venait de naître.
Ainsi, Félix Buffières, dans son ouvrage intitulé « La bête du Gévaudan », rapporte-t-il les notes du curé Ollier. C'est lui, qui dans un courrier adressé au ministre, a donné une description physique de l'animal et de son comportement qui ne correspond pas à celle d'un loup. (Voir également « La bête du Gévaudan, l’innocence des loups » de Michel Louis aux Editions Perrin, ainsi que « La bête du Gévaudan » de François Fabre, éd. De Borée)
Sur le Registre Paroissial, le curé a précisé, à propos d'Agnès : « dévorée par la bête féroce qui court le pays. » Le dimanche 22 décembre, toute la paroisse Saint-Sébastien de Lorcières, profondément touchée par les circonstances terribles de la mort de l'enfant, accompagne sa dépouille au cimetière. Agnès est la 52ième victime de la bête pour la seule année 1765 et la 74ième depuis l'apparition du prétendu loup anthropophage (ou d’un « chien de guerre » dressé par un fou sadique selon l’hypothèse de M. Louis).





Vous pouvez consulter la carte de Cassini concernant la région parcourue par la bête du Gévaudan.

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En 1967, l'ORTF diffusait la première émission de sa série intitulée " Le tribunal de l'impossible". Cette émission était consacrée à "la Bête du Gévaudan". Elle fut suivie d'un débat animé par Michel SUBIELA, avec Francis PETER (sous-directeur du Museum d'Histoire naturelle), M. de SAINT-AUBIN (spécialiste de la chasse), M. Georges-Henri RIVIERE (fondateur du Musée des Arts et Traditions populaires), Mme Elise SEGUIN (Historienne), et M. Francis LACASSIN (auteur d'études sur la sorcellerie). Pour accéder à cet enregistrement, cliquez ICI
. Enregistrement conservé et présenté par l'Institut National de l'Audiovisuel (INA).

Les représentations de la bête du Gévaudan


Estampe allemande (BN)

Recueil Magné de Marolles (BN): Représentation de la bête féroce nommée Hiene...

Dessin de M. Châlier, professeur à l'école libre de Saugues

Gravure non identifiée

Figure du monstre qui désole le Gévaudan (1765)

Recueil Magne de Marolles (détail)

Sculpture métallique

Dessin

Oeuvre de Christophe Mendes

Couverture livre Edition des 3 provinces

La bête (film Le pacte des loups)

Sculpture, ville de Marvejols

Sculpture, ville de Saugues

Histoire de la bête. Musée de Langogne

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