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Maghreb: Les indépendances

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La seconde guerre mondiale a joué le rôle d'accélérateur de l'histoire au Maghreb.
L'effondrement de la France en 1940 constitue un événement majeur dans l'évolution des mentalités à l'égard de la situation coloniale. La défaite militaire souligne la fragilité de la France. Les combats de 1940 coûtent la vie à 100 000 hommes dont la moitié appartiennent aux troupes coloniales. Dans le même temps, l'empire britannique subit d'importants revers. La défaite de la métropole provoque une véritable onde de choc qui se propage dans tout l'empire colonial français.
Entre 1940 et 1942, les institutions civiles et militaires françaises sont placées sous l'autorité du gouvernement de Vichy. De nombreux opposants politiques sont déportés en Algérie. Le décret Crémieux attribuant la citoyenneté aux Juifs d'Algérie est abrogé. Les Juifs sont expulsés de l'administration. Les Musulmans qui se battaient pour l'acquisition de la citoyenneté française se mettent à douter de l'intérêt de leur lutte. La majorité de la population européenne perçoit le Maréchal Pétain comme détenteur de l'autorité légitime et s'oppose à de Gaulle. Tous ces éléments conduisent à la radicalisation des revendications nationalistes dont les porte-paroles se divisent sur l'attitude à adopter face au conflit mondial. Certains penchent en faveur d'une alliance avec les forces de l'Axe (Allemagne hitlérienne et Italie fasciste) alors que d'autres parient sur l'appui américain.
Les Allemands venus d'Egypte parviennent jusqu'à Biskra avant d'être repoussés. La contre-offensive alliée s'appuie sur le Maghreb qui sert de tête de pont pour le débarquement sur les côtes sud de la France et en Italie. A partir de 1943, Alger devient la capitale de la France Libre.
En Tunisie, le leader indépendantiste Habib Bourguiba penche en faveur de l'Italie. Son « correspondant » politique n'est autre que le tristement célèbre Klaus Barbie. L'évolution du conflit pousse le futur Président tunisien à se rapprocher des Américains à partir de 1943.
Côté algérien, le PPA se déchire entre pro-Allemands et pro-alliés. Au Maroc, le Sultan prend position pour le soutien des U.S.A. et s'oppose à Vichy. Son choix politique évitera une rupture au sein de l'Istiqlal créé en 1944 malgré la tentation de certains de ses membres de rechercher l'appui du gouvernement espagnol du général Franco. Notons qu'au moment de l'indépendance marocaine, entre 1956 et 1957, les partisans franquistes, au Nord, seront éliminés.
Le Sultan reçoit en 1943, à Anfa, le Président Roosevelt qui promet l'appui de son pays pour l'accession du Maroc à l'indépendance. L'ambassadeur américain Murphy reçoit également le leader algérien Feraht Abbas à Alger en 43. A l'issue de cette rencontre, un manifeste en faveur de l'indépendance de l'Algérie est rédigé.
Cette situation de « flottement » politique va durer entre 6 et 8 mois, période pendant laquelle les autorités de la France Libre sont partagées entre le général Giraud qui a la faveur des Américains et le général de Gaulle qui veut rétablir l'autorité de la République sur le Maghreb. De Gaulle parvient à écarter Giraud.
Le gouvernement de la France Libre lève de nouvelles troupes d'origine maghrébine pour participer à la campagne d'Italie et de France. Les régiments de Tirailleurs Algériens, notamment, vont jouer un rôle de premier plan dans les combats de Monte Cassino et en Provence. C'est le 1er RTA qui entre à Marseille. Les troupes coloniales participent à la libération de la France et prennent une part active à la campagne d'Allemagne jusqu'à Berlin. Leur participation à la victoire ne va pas s'accompagner d'une contre-partie espérée en matière d'accession aux droits attendus soit en terme de citoyenneté française soit en vue d'une autonomie ou de l'indépendance. La frustration qui va en découler alimentera naturellement la volonté d'accéder à l'indépendance.
Cette déception à l'égard de la France est renforcée par le sort qui a été reservé aux Maghrébins résidant en Métropole au moment de l'occupation allemande. Un grand nombre d'entre-eux a été réquisitionné à partir de 1941 pour construire les fortifications le long des côtes de l'Atlantique. En 1944-1945, le mouvement indépendantiste est puissant. La Ligue Arabe est créée en 1945. Désormais toutes les conditions sont réunies pour engager des mouvements de grande ampleur.
Les Etats-Unis sont favorables à la décolonisation et les puissances coloniales, la France et la Grande Bretagne, sortent du conflit particulièrement affaiblies. La conférence de San Francisco crée l'O.N.U. Le droit des peuples à l'auto-détermination est proclamé.
En Algérie, « Les Amis du Manifeste de la Liberté » font l'unité des nationalistes. Au sein du mouvement les partisans de Messali Hadj sont majoritaires. Le gouvernement français exile leur leader à Brazzaville, là même où le général de Gaulle avait présidé une conférence destinée à octroyer de nouveaux droits aux peuples colonisés et à sauver l'empire colonial.
Le 8 mai 1945, le PPA organise à Sétif une manifestation réclamant la libération de Messali Hadj. Les évènements tournent à l'émeute puis au soulèvement. Il semble qu'en réalité le PPA avait envisagé une insurrection mais en avait annulé l'ordre le 5 ou le 6 mai. Cette version a été confirmée par Feraht Abbas et Aït Ahmed. Une tentative de soulèvement se produit également dans le Constantinois.
La répression est féroce. Selon les versions, il y aurait eu entre 10 000 et 45 000 morts en deux mois. Le soulèvement est noyé dans le sang mais un fossé est creusé entre les communautés européenne et maghrébine. Les nationalistes, parmi lesquels des modérés, sont emprisonnés. Le résultat est la montée en puissance de la tendance « dure » du PPA pour laquelle la lutte armée devient un impératif absolu.
Sétif marque incontestablement le début d'un processus qui va déboucher sur l'insurrection armée de Novembre 1954 et le début de la guerre d'indépendance.
Dès 1947, est créée l'Organisation Spéciale (OS) au sein même du PPA qui devient le MTLD servant de vitrine légale au mouvement dirigé par Aït Ahmed et Ben Bella. L'OS compte 1 000 à 1 500 hommes et prépare la lutte des futurs maquis du FLN.
Le PPA-MTLD est déchiré par les luttes politiques internes qui opposent les « durs » de l'OS et les « notables » élus à l'occasion des élections de 1947. En 1950, à l'occasion d'un braquage d'un bureau de poste à Oran, la police découvre l'existence de l'OS et son rattachement au PPA-MTLD. La crise éclate à l'intérieur du parti. Messali Hadj refuse de désavouer les activistes de l'OS. Les « réformistes modérés » s'opposent à lui. Il se retrouve isolé et s'installe en Métropole. Le Comité Central du parti est rapidement débordé par les membres de l'OS qui prennent le contrôle du pouvoir interne et des réserves financières. Ils décident la création du Front de Libération Nationale (FLN). Tout est désormais en place pour le déclenchement de la guerre. Les choses vont se passer différemment au Maroc et en Tunisie.

Le Maroc est politiquement placé pour le régime du Protectorat français. Le Résident représente le gouvernement colonial et détient la réalité du pouvoir mais le Sultan est un personnage central incarnant l'Etat marocain qui est placé au centre du jeu politique national par le manifeste de l'Istiqlal rédigé, notamment, par Ben Barka et Balafrej. Le Sultan marque son opposition à la France dans son discours de Tanger en 1947. Les Français veulent alors se défaire de lui et mettre à sa place un homme plus docile.
Le 20 août 1953, le Sultan est déposé après que les Français se soient assurés l'appui de Ben Arafa dit le Glaoui.
Ce coup de force provoque la réaction de la population au sein de laquelle l'Istiqlal exerce une influence importante. Les grèves et les manifestations se succèdent. Des maquis s'organisent dans le Nord.
Des négociations s'ouvrent entre Français et Marocains nationalistes en 1955. Le Sultan, qui avait été exilé, revient en novembre.
L'indépendance est proclamée en mars 1956. Le Sultan devient le Roi sous le nom de Mohamed V.

En Tunisie, Habib Bourguiba, à la tête du Néo-Destour, recherche l'appui des instances internationales pour obtenir l'indépendance. Les colons s'opposent aux tentatives de réformes engagées par Jean Mons, le Résident français. Le Secrétaire Général de l'UGCT, Feraht Hached, est assassiné en novembre 1952 par une organisation secrète anti-indépendantiste, la Main Rouge, dont ont sait à présent que les membres appartenaient ou étaient manipulés par les Services Spéciaux français. La situation devient explosive. Le mouvement armé des Fellaghas fait son apparition en 53. Dans un discours prononcé à Carthage en 1954, Mendès France, Président du Conseil, promet l'ouverture de négociations devant conduire à l'indépendance. La France, toutefois, exige le désarmement du mouvement des Fellaghas. Les nationalistes sont partagés sur cette question alors que les accrochages armés commencent en Algérie. Les deux tendances s'affrontent. Bourguiba est favorable au désarmement. Finalement il obtient gain de cause et en mars 1956, la Tunisie devient indépendante.

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